Le prisonnier politique basque Oier Gomez hospitalisé depuis le 10 janvier

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La situation des prisonniers politiques basques gravement malades ne cesse d’empirer, et la liste ne cesse de s’allonger

Âgé de 33 ans, Oier Gomez est incarcéré en France depuis 5 ans. En 2016, il a été condamné à 15 ans de prison dont 10 de sûreté. Oier Gómez souffrait depuis deux mois de fortes douleurs au dos qui l’empêchaient de se tenir debout, au point qu’il n’avait pas pu se lever pour sortir du parloir lors d’une visite de son avocate. Le 6 janvier, les médecins de la prison lui avaient proposé de le transférer à l’hôpital de Meaux, mais il avait refusé en raison des mauvais traitements subis dans cet hôpital durant de sessions de chimiothérapie faites en 2013, après que les médecins lui aient diagnostiqué un cancer du sang, maladie qu’il n’avait pas souhaité rendre publique à l’époque.

Le 10 janvier, les services médicaux de la prison ont décidé de le faire hospitaliser en urgence. Il a été conduit, menotté aux pieds et aux mains, à l’hôpital de Meaux, où on ne lui ont détaché que les pieds pour la réalisation d’un scanner. Plus tard, toujours menotté aux pieds et aux mains, il a été transféré dans un hôpital de Paris où les médecins ont décidé de l’opérer immédiatement. Durant la réalisation d’un second scanner, il est également resté attaché et plus tard, malgré la pose d’une sonde, il est resté menotté durant la douche préalable au passage au bloc opératoire, où il a subi une opération compliquée avec l’ablation partielle d’une tumeur à la colonne vertébrale.

Les résultats de certaines analyses et d’une biopsie pour compléter le diagnostic sont toujours en attente, mais tous les examens réalisés jusqu’ici montrent qu’Oier souffrirait à nouveau d’un cancer (sarcome) rare et agressif. Vu la situation d’urgence, son avocate a déposé une demande de suspension de peine pour raison medicale le 7 février, afin que Oier Gomez puisse avoir un suivi médical adapté.

Il y a actuellement 344 prisonnier(e)s politiques basques incarcéré(e)s en France et en Espagne. Certains d’entre eux sont très gravement malades, dont 13 qui ont accepté de rendre leur cas public. Nous connaissons déjà le cas d’Ibon Fernandez Iradi, dont l’État français a jusqu’à maintenant bloqué la libération. Et au-delà des cas d’Oier et Ibon, nous voulons aussi attirer l’attention sur la très grave situation de l’ensemble de ces prisonniers (États français et espagnol) : les témoignages sur les traitements inhumains et dégradants lors de transferts, de contrôles médicaux ou d’hospitalisation sont incessants ; les demandes de libération sont systématiquement refusées (ce qui n’était pas le cas avant le cessez-le feu d’ETA en 2011) ; les mesures d’exception (éloignement systématique, mesures de sécurité maximale lors des sorties médicales entraînant de gros retards et des traitements cruels et dégradants, refus de permis aux médecins de confiance…)… déclenchent et/ou aggravent les pathologies ; et le temps perdu, qui joue toujours contre la maladie.

Nous attendons une décision qui permette la libération immédiate d’Oier Gomez, de façon à ce qu’il puisse bénéficier des soins médicaux appropriés à son état de santé, et des mesures similaires et rapides dans le cas de tous les prisonniers atteints de maladies graves et incurables. Dans le même sens, la levée des mesures d’éloignement systématique et de sécurité maximum sont absolument indispensables au respect, entre autres, du droit à la santé.

En ce qui concerne les prisons françaises, l’État français est responsable de la santé des hommes et femmes qu’il détient. Devant la gravité de cette situation, nous ne sommes pas disposés à continuer à attendre. Comme pour Ibon Fernandez, nous lui demandons fermement la libération immédiate d’Oier Gomez. Un jugement refusant cette demande de suspension de peine, irait non seulement à l’encontre des exigences humanitaires les plus élémentaires, car sa situation est très grave, mais viendrait aussi en opposition à la demande massivement exprimée en Pays Basque. La volonté de la société civile au Pays Basque et de ses élu(e)s est claire. Au-delà des différences d’approche des uns et des autres, il est demandé et fortement attendu de l’État français qu’il s’engage en faveur du processus de paix. Dans ce sens, nous appelons chacun à se joindre aux mobilisations que Bagoaz ne manquera pas d’organiser après avoir recueilli plus d’information.