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«BAGOAZ» nait dans la troisième année qui suit la conférence de paix d’Aiete et l’annonce par l’ETA de l’arrêt définitif de la lutte armée. Le 15 février 2014, 23 organisations se rassemblent autour d’un Manifeste. Elles prennent acte des différentes initiatives (forums, manifestations…) qui se sont succédé depuis l’automne 2011 en Iparralde et Hegoalde en faveur du processus de paix, tandis que les Etats espagnol et français persistent dans la répression. Le seul point vraiment positif de cette période a été l’invalidation de la « doctrine Parot » par la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui a obligé Madrid à libérer une soixantaine de prisonnier-e-s politiques basques.

Dans les mois qui ont précédé ce 15 février 2014, un élément nouveau est venu accélérer la dynamique pour la résolution du conflit : la participation active au processus décidée par l’EIPK (Collectif des exilé-e-s politiques basques) et l’EPPK (Collectif des prisonnière-ères politiqes basques) à partir de leurs feuilles de route. Cet élément – qui entre dans le cadre des « recommandations »d’experts internationaux pour qu’avance le processus – est déterminant pour les 23 qui décident d’organiser une grande manifestation le 14 juin à Bayonne avec pour mot d’ordre de base «  Droits de l’homme – Résolution – Paix ».

Cette manifestation du 14 juin 2014 a été un succès. Elle a réuni 8 000 participant-e-s, et a eu le soutien d’une majorité représentative d’élu-e-s de tous bords, de syndicalistes de différentes organisations, de jeunes de différents mouvements. C’est la première fois au Pays Basque Nord que les revendications des prisonnier-e-s et des exilé-e-s sont portées par autant de voix aussi plurielles, réaffirmées et renforcées par la déclaration du groupe de dialogue du Pays Basque Nord datée du 24 octobre 2014. Sans nul doute, un pas quantitatif et qualitatif a été franchi ces derniers mois pour que soient respectés les droits des prisonnier-e-s et des exilé-e-s, et de façon plus générale pour qu’avance le processus.

Construire «BAGOAZ»

Actuellement, le processus en cours se poursuit de façon unilatérale, les Etats refusant toujours tout dialogue et tout geste, fût-il minime. La clé reste dans une poursuite et une augmentation de la participation de la société civile et de ses organisations et associations. Des avancées dans ce sens ont été réalisées, il s’agit de continuer dans cette voie.

«BAGOAZ» a fait la preuve de sa capacité à mobiliser. Il est important que cette dynamique perdure et s’élargisse à partir d’un collectif.

La tâche est double : d’une part sensibiliser les organisations du Manifeste du 14 juin à être réellement partie prenante de la résolution du conflit, à en débattre et à mobiliser en leur sein et autour d’elles ; d’autre part contacter d’autres organisations et associations, leur présenter «BAGOAZ»et les inviter à rejoindre le collectif ou du moins à participer ponctuellement à telle ou telle initiative.

Pour cela, il faut définir les axes d’intervention ainsi que le fonctionnement du futur collectif.

Les axes d’intervention et les moyens

La fonction centrale du collectif «BAGOAZ» doit être aujourd’hui de faire campagne et mobiliser pour le respect des droits des prisonnier-ère-s et des exilé-e-s, d’obtenir sur cette question des avancées immédiates, sachant que l’objectif est la libération ou le retour pour toutes et tous. L’amnistie générale doit être partie prenante de la résolution intégrale du conflit.

Le collectif épaule donc les feuilles de route de l’EIPK et de l’EPKK.

Parallèlement, «BAGOAZ» doit être un pôle centralisant les informations sur les prisonnier-e-s et les exilé-e-s et les diffusant massivement. Faire connaître ces questions à l’ensemble de la population est l’une des conditions du développement de la mobilisation.

Revendications à court terme :

– libération et retour immédiats de celles et ceux qui sont gravement malades.

– libération conditionnelle pour celles et ceux qui en remplissent les conditions.

– fin de la dispersion, regroupement et rapprochement du Pays Basque.

– retour des exilé-e-s expulsé-e-s par la France au début des années 80.

Ces revendications ont pour corollaire l’exigence de la fin des mesures et des législations d’exception, dont le MAE. Ces points doivent avoir leur place dans les informations que nous donnerons, et doivent être présents dans les mots d’ordre des mobilisations.

«BAGOAZ» s’adresse aux Etats espagnol et français, notamment à l’Etat français qui doit s’impliquer dans la résolution du conflit.

«BAGOAZ» insiste dans son argumentation sur le fait qu’il s’agit de rétablir et appliquer des droits fondamentaux dont la négation est contradictoire avec le fonctionnement d’un Etat de droit.

Les moyens utilisés sont les moyens publics habituels : affichage, tracts, communiqués et conférences de presse, réseaux sociaux, site internet, réunions publiques, rassemblements, manifestations…

«BAGOAZ» se définit aujourd’hui comme un outil pour la mobilisation en faveur du respect des droits, dans le cadre général de la résolution du conflit. Il est appelé à travailler avec les collectifs des prisonnier-e-s et des exilé-e-s, également avec les autres collectifs partie prenante du processus, Bake Bidea en particulier.

Bayonne, le 8 novembre 2014