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Contribution du Collectif d’Exilés et Exilées Politiques Basques

Introduction
-Le collectif des réfugiés est divers et ample. Au cours des siècles, nombreux ont
été les Basques qui ont dû s’enfuir du Pays Basque pour des motifs politiques,
contraints par les assauts de la répression. Le processus spécifique de transition
du régime franquiste n’a pas, en son temps, reconnu les droits des nations, il
n’a donc pas comblé les volontés démocratiques de nombreux citoyens basques
et n’a pas, non plus, apporté une authentique restructuration de la logique
répressive des niches de pouvoir de l’Etat espagnol. Suite à quoi, de 1977 à nos
jours, les Basques qui ont pris le chemin de l’exil se sont comptés par centaines,
alors qu’ils rejoignaient ceux qui s’y trouvaient depuis le temps du franquisme et
que ceux qui ont manifesté leur solidarité à tous ces Basques ont vu leur liberté
de mouvement se réduire.
-Pendant ces 50 dernières années, les réfugiés avons subi toutes sortes de mesures
de rétorsion. Depuis que la stratégie de la répression s’est internationalisée,
les agressions contre nous se sont étendues à divers pays. Actuellement,
nous sommes le collectif qui se déploie dans presque tous les continents, dans
de nombreux Etats, avec des situations juridiques variées. Nous pourrions dire
que la question des réfugiés est devenue une question internationale.
-Les réfugiés basques avons participé et participons à la résolution du conflit.
Nous avons impulsé et adhéré aux diverses initiatives politiquesmenées en sa faveur.
De même, au long de ces décennies, nous avons pris des mesures pour
assurer le respect de nos droits humains et pour mener une vie digne. Dans ce
sens, nous avons réçu la généreuse solidarité offerte par de nombreuses personnes
et agents sociaux internationaux. C’est tout cela qui fait de nous un collectif.
-Voilà pourquoi nous souhaitons faire une contribution pour impulser le processus
en cours, en offrant une solution démocratique au conflit dont souffre le Pays
Basque, afin que, désormais, aucun citoyen ou citoyenne basque n’ait à prendre
la fuite pour des raisons politiques. La majorité du Pays Basque et de nombreux
acteurs sociaux de niveau international ont déclaré haut et fort qu’il faut
donner une réponse démocratique à la question de la nature du conflit et de
ses conséquences. Une dynamique innovante qui aille dans ce sens est en cours
de structuration et nous nous sommes engagés à en devenir des agents actifs.
-Le temps est venu où tous les citoyens basques affectés par la répression puissent
revenir au Pays Basque, retourner chez eux. Et nous tenons à faire entendre
que nous sommes prêts à réaliser les pas à notre portée.

Le temps est venu d’aménager la voie de la résolution et du retour chez eux
des réfugiés
-Ces dernières années des avancées ont eu lieu et des décisions importantes
ont été prises pour la résolution du conflit politique armé. Entre autres, la décision
de renoncer définitivement à l’utilisation de la lutte armée de la part d’ETA.
Cette décision a forcément déplacé la question de la nature armée du conflit
sur d’autres paramètres. A notre avis, dans cette nouvelle situation, il est nécessaire
de revisiter les mesures d’exception adoptées ou utilisées contre nous
au cours de ces dernières décennies. Pour lever ces mesures ou les corriger,
des accords politiques multilatéraux s’avèrent nécessaires.
Dans cette direction:
-Nous demandons que les procédures judiciaires fondées sur des déclarations
dérivant de la torture, ainsi que les ordres de détention, mandats
d’arrêt européens et extraditions qui s’ensuivent soient abandonnés. Nous
soulignons en outre que, au niveau international, il est reconnu que la torture
est utilisée dans l’Etat espagnol dans les poursuites liées à la question
basque.
-Nous demandons que les procédures judiciaires qui devraient être archivées
ou prescrites selon les normes de la législation ordinaire et qui demeurent
en vigueur en application de la législation d’exception soient
abandonnées.
-Nous demandons que les procédures judiciaires ouvertes contre l’exercice
du droit à la liberté de penser, de s’exprimer et de se réunir, ainsi que
les détentions, mandat d’arrêt européens et extraditions qui s’ensuivent
soient abandonnées
-La liberté de mouvement devrait être garantie pour les citoyens basques
bannis et confinés dans divers pays du monde, pour en finir avec ces situations.
La situation des citoyens et citoyennes basques réduits à prendre la fuite pour
des raisons politiques au cours de ces 50 dernières années est très variée. Certains
bénéficient de l’octroie de la nationalité des pays récepteurs, d’autres du
statut de réfugié politique qui leur a été reconnu.
Mais la majorité d’entre nous n’a aucune reconnaissance politique. Certains
d’entre nous sommes des déplacés dans notre propre pays, Euskal Herria et beaucoup
d’autres sommes bannis, assignés à résidence ou soumis à la clandestinité
dans le vaste monde. Ce long cheminement a mené un grand nombre
d’entre nous à une situation grave de précarité et d’insécurité. Les réfugiés sommes
des citoyens basques, les sujets d’un conflit reconnu au niveau international
et il revient à la société basque et aux décideurs politiques de prendre les
mesures pour assurer notre dignité et nos droits fondamentaux.
Entre autres:

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-En se penchant sur la liste des malades graves et en ouvrant les voies
vers les prises en charge nécessaires.
-En prenant les mesures pour assurer la dignité des exilés qui se trouvent
dans des situations de marginalisation.
-En aidant tous les réfugiés à rentrer chez eux
Nous voulons faire noter que ces situations iront en empirant dans la mesure
où beaucoup de réfugiés basques ont franchi le cap des 60 ans.

-La résolution du conflit supporté par le Pays Basque et celle de l’affrontement
ne peut venir que du processus qui offrira une solution aux racines de leurs raisons
politiques et à leurs corollaires. C’est ce que la majorité basque a fait entendre.
Nous pensons que le récit des situations vitales des différents collectifs
qui ont ou qui avons subi des assauts et de leurs règlements sociaux est importante
dans la voie de la solution des conséquences du conflit. Car c’est à la fois
une condition et une base sur lesquelles nous souhaitons construire la nouvelle
société démocratique de façon participative.
-En tant que réfugiés, nous avons vécu de près les actions qui ont emmené
les disparitions, les blessures et lesmorts. Derrière elles se cachent les coups
de main des Etats espagnol et français. Autant les réfugiés que leurs familles
et que le Pays Basque dans son ensemble ont le droit de savoir la vérité
sur ces évènements.
-Dans la même ligne et dans la mesure où nous considérons que cela fait
partie du patrimoine de notre peuple, ce qui a été vécu au cours de ces
années, ainsi que les raisons de nos choix politiques, devrait être partagé
avec l’ensemble de la société. C’est le souhait que nous tenons à formuler.
C’est le temps des solutions, le temps de voir l’avenir du Pays Basque avec confiance
et d’espérer que plus jamais, personne n’aura à s’enfuir de son pays. Nous
sommes en train de construire un pays libre, composé de femmes et d’hommes
libres.
Le Collectif des Exilé(e)s Politiques Basques
À Biarritz, le 15 juin 2013